J’ai co-signé il y a quelques jours un texte publié par l’institut de gouvernance numérique. Fondé par Jean-François Gauthier (du collectif démocratie ouverte) et sous la co-présidence d’honneur de Michel Cartier et Claude Béland. L’organisme se donne comme premier projet une consultation pan-Québécoise qui culminera en avril 2014 par trois jours d’assises nationales du numérique.

J’ai décidé de m’associer à l’IGN entre autre parce que je suis convaincu que l’engagement civique est un devoir et un privilège. Ma motivation première est celle d’un appel au service du Québec, de nature patriotique au sens premier, celui de l’attachement de coeur et d’esprit à sa patrie. Mon exil californien, s’il m’éloigne géographiquement, contribue à approfondir ma réflexion sur la société en réseau, en général, et celle du Québec en particulier.

À l’automne dernier, suite à un appel de Claude Malaison qui me demandait si j’étais intéressé à faire partie d’un groupe de réflexion dans l’élan des conversations des dernières années pour un plan numérique québécois, nous avons entamé un exercice de collaboration et de consensus à 13 voix, ce qui n’est pas une mince affaire, surtout quand ce sont de grandes gueules avec de fortes opinions (j’en suis coupable, et fier). Ce groupe de réflexion a mené à la publication d’un rapport d’étonnement, mais de manière plus personnelle, à une prise de conscience du chemin à faire.

Je dois vous avouer que je n’aime pas le terme numérique. C’est probablement parce qu’il est flou et peut donc représenter un peu n’importe quoi. De la même manière qu’économique, philosophique ou artistique, l’adjectif peut se servir à toutes les sauces et en perdre sa saveur distinctive. Je préfère l’expression la société en réseau pour synthétiser les attributs culturels et moraux qui représentent ma compréhension des enjeux critiques auxquels la société Québécoise doit faire face. Mais numérique est bien pratique, il fait un certain consensus et permet de représenter, principalement par opposition à analogique, l’ensemble des impacts sociaux causés par l’informatique.

Numérique aussi comme étiquette de cette troisième vague, celle de l’information. C’est cette rupture, de l’ère industrielle à l’ère de l’information, qui fera déferler les tsunamis et trembler la terre. Les secousses sismiques sont déjà présente depuis des années, mais les effets prévisibles ne sont pas perceptibles à l’oeil néophyte de ceux qui n’y vivent pas au quotidien. C’est notre devoir de natif du numérique, ou du moins celui d’immigrants de la première heure, d’expliquer les courbes que nous décernons, des indices et des évidences, des intuitions et des convictions, de rendre visible et manifeste la réalité d’aujourd’hui et de demain.

Ce n’est pas là un acte divinatoire, c’est une perspective résultant de notre expérience, ce sont des évidences pour les habitants de la société en réseau. Comme la première tempête de neige à Montréal d’un nouvel arrivant qui aurait vécu toute sa vie en climat tropical, le choc est dans la migration, pas dans la destination. C’est normal pour ceux qui ont vécu tout leur vie en territoire nordique. C’est même réjouissant la neige. C’est amusant. Il faut certainement apprendre quelques réflexes hivernaux; on ne sort pas nu pied dehors pour aller chercher son journal sur le balcon (si on est abonné papier), on s’habille un peu mieux pour enfourcher son vélo (comme en ski de fond en fait) et on amène ses patins au lac, pas son maillot.

Ma participation à l’IGN c’est une des facettes de mon implication. Une des vraies questions, c’est après tout : pourquoi un plan numérique? Le numérique en soit, c’est neutre. Ma réflexion est loin d’être neutre. Je suis aussi impliqué dans un groupe de travail de Québec solidaire sur le numérique qui se pose la question du « pourquoi » et pas juste du « comment »…

J’ai participé à une première réunion du groupe de travail ce soir, ce qui a beaucoup aidé ma réflexion, permis de cristalliser une perspective solidaire du numérique. Faciliter l’accès au réseau, faciliter l’accès à l’information et l’accès au logiciel (libres idéalement). L’argent public devrait servir à l’accès public au réseau, à rendre l’information publique et aux logiciels publics. Si on ajoute la notion de justice et d’équité, on peux parler de solidarité numérique. C’est donc tout autant une question de valeurs, que d’idées, sinon plus.

À lire aussi, mon billet précédent: Pourquoi un plan numérique pour le Québec?

 

2 Responses to Le plan numérique: l’ère de la société en réseau

  1. Tu as raison, Sylvain, c’est un défi d’obtenir un consensus pour un projet aussi vaste qu’il interpelle une grande diversité d’intervenants ayant chacun une vision déterminée par leur expertise/expérience du “numérique”. Les plus grands chantiers à venir ne sont pas en béton, mais en réseaux. Au cours des derniers 12 mois, j’ai collaboré (participante/observatrice) à différentes initiatives où les technologies de l’information servent à améliorer la façon dont on fait des projets (co-design, consultation publique). Établir des relations de confiance entre toutes les parties prenantes, ça prend du temps, mais ça fait des meilleurs projets.

    Le plus difficile est d’apprendre à ne plus percevoir ceux qui ont des projets similaires comme des concurrents, mais comme ceux qui peuvent nous aider à atteindre la masse critique pour faire pencher la balance vers le changement. Ce changement, est culturel et c’est un point de rupture avec les pratiques actuelles, en démocratie comme en informatique. Ce changement passe par la gouvernance (participative, égalitaire, ouverte, pluridisciplinaire).

    C’est un beau défi.

  2. Kim says:

    Bonne réflexion. Mais le “numérique” en soit, comme n’importe quelle combinaison techno-culturelle, est tout sauf neutre… Le Pr. Neil Postman, dans “The End of Education”, le dit bien:

    “Technology education is not a technical subject. It is a branch of the humanities. Technical knowledge can be useful, but one does not need to know the physics of television to study the social and political effects of television. One may not own an automobile, or even know how to drive one, but this is no obstacle to observing what the automobile has done to American culture.

    It should also be said that technology education does not imply a negative attitude toward technology. It does imply a critical attitude. To be “against technology” makes no more sense than to be “against food.” We can’t live without either. But to observe that it is dangerous to eat too much food, or to eat food that has no nutritional value, is not to be “antifood.” It is to suggest what may be the best uses of food. Technology education aims at students’ learning about what technology helps us to do and what it hinders us from doing; it is about how technology uses us, for good or ill, and about how it has used people in the past, for good or ill. It is about how technology creates new worlds, for good or ill. […] I would include the following ten principles.

    • All technological change is a Faustian bargain. For every advantage a new technology offers, there is always a corresponding disadvantage
    • The advantages and disadvantages of new technologies are never distributed evenly among the population. This means that every new technology benefits some and harms others.
    • Embedded in every technology there is a powerful idea, sometimes two or three powerful ideas. Like language itself, a technology predisposes us to favour and value certain perspectives and accomplishments and to subordinate others. Every technology has a philosophy, which is given expression in how the technology makes people use their minds, in what it makes us do with our bodies, in how it codifies the world, in which of our senses it amplifies, in which of our emotional and intellectual tendencies it disregards.
    • A new technology usually makes war against an old technology. It competes with it for time, attention, money, prestige, and a “worldview.”
    • Technological change is not additive; it is ecological. A new technology does not merely add something; it changes everything.
    • Because of the symbolic forms in which information is encoded, different technologies have different intellectual and emotional biases.
    • Because of the accessibility and speed of their information, different technologies have different political biases.
    • Because of their physical form, different technologies have different sensory biases.
    • Because of the conditions in which we attend to them, different technologies have different social biases.
    • Because of their technical and economic structure, different technologies have different content biases.”

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